Avec le Primauguet en Corée

Adolphe Louis Victor Mazié (1842-?).

Embarqué sur la corvette Primauguet à destination de l’Extrême-Orient, le mécanicien Adolphe Louis Victor Mazié nous a laissé ce témoignage précieux de sa circumnavigation entre 1865 et 1868. Cette campagne lointaine dans des parages encore mal reconnus fut notamment marquée par l’intervention infructueuse de la Marine impériale française en Corée en 1866, en réaction à l’exécution de missionnaires européens par le Royaume Joseon.

La corvette mixte de 400 chevaux Primauguet.

Partis de Brest le 5 mars 1865, on mouille à Saint-Vincent, île du Cap-Vert, le 19. Nous repartons de Saint-Vincent le 22, passons sous la « Ligne » le 29 et sommes baptisés. Le même jour, on passe en vue de l’île de Santo Antonio et Fernando. Le 1er avril on relève la « pyramide » de San Antonio à 7 heures 30 du matin. Le 4, nous sommes en vue de l’île de Pernambuco (NDLR : Recife). Le 6 mai on mouille en rade de Simons-Bay. Au cap de Bonne-Espérance le 7 mai à 7 heures du matin, nous trouvons sur rade la frégate la Guerrière et la corvette Laplace.

Le 16 mai à 1 heure du matin, alors que nous sommes au mouillage par un très grand vent de nord, notre ancre de babord casse à la verge. Le 17, à 11 heures du matin, la chaîne de notre ancre de tribord se casse aussi, le vent redouble, par rafales, nous sommes jetés à la côte. Bien que nos deux chaudières soient en pression, et que nous fassions machine avant toute, il nous est impossible de prendre le large. Nos voiles latines, que le commandant veut faire établir, se déchirent comme de l’amadou sous la force du vent, bien que neuves. Nous donnons un premier coup de talon sous la proue à 12 heures 25. Le 18, l’avarie est plus importante que la veille : le navire se trouvant enserré entre deux rochers, la pression sur les flancs est si forte que, dans la nuit, les soupapes de communication des chaudières éclatent en morceaux. Le commandant fait distribuer à l’équipage du vin chaud et sucré toute la nuit. Les « craquets » du bois sont effroyables ; tous les sacs, ainsi que les malles des officiers, sont montés sur les ponts où on les attache avec des bouées pour le cas où le navire s’ouvrirait.

Chaudières des corvettes de 400 chevaux, dont est pourvu le Primauguet. Les chaudières sont des équipements sensibles, qui souffrent des mésaventures du navire à Simons-Bay.

Le 19 mai nous sommes retirés de la côte par la frégate anglaise Valorous, à 9 heures du matin, après 45 heures d’échouage. L’on envoie de suite des corvées de marins anglais pour pomper sans relâche l’eau de la cale. Nous faisons en moyenne 20 tonnes d’eau à l’heure, mais les pompes étalent difficilement. Le 23, les scaphandrier anglais viennent visiter la carène et annoncent que la fausse quille, une partie de la quille, et l’armature manquent ; qu’un morceau de la quille, qui se trouve par le travers du grand mât, se meut à la main, et qu’il est complètement « mâché ». Le 31, la frégate la Sémiramis, venant du Japon, mouille sur rade et nous envoie son scaphandre pour « aveugler » nos voies d’eau au moyen de toiles goudronnées et clouées sur la carène. Le 21 juin, après avoir fait les réparations les plus urgentes, nous faisons le tour de la rade à la machine, pour essayer un gouvernail de fortune destiné à ménager le nôtre qui a été endommagé dans l’échouage.

Le 22, nous appareillons pour nous rendre aux îles Maurice-Réunion, escortés par la frégate Sémiramis qui avait pour mission de tâcher de recueillir l’équipage en cas de grosse mer. Arrivée à Algoa-Bay le 24. Algoa-Bay est une possession anglaise située sur l’extrême pointe du cap des Aiguilles, endroit très dangereux pour les navigateurs. Notre réparation au Cap a coûté 55 000 francs. Le 25, un dimanche, nous employons la journée à consolider notre gouvernail au moyen de chaînes et câbles de la frégate et des nôtres.

La frégate Sémiramis photographiée en 1864 au mouillage de Woosung en Chine. Collection du Musée Guimet.

Nous partons d’Algoa-Bay le 27 mai. Le 29, la frégate Sémiramis jette à la mer le corps d’un aspirant décédé à bord. Arrivée à Maurice dans la grande rade le 10 juillet à 2 heures du matin. Le 27, entrée au bassin. Le 29, on commence à débarquer à terre tout le matériel de la corvette : artillerie et machines dont la réparation se fait aux ateliers Baron, ingénieur-constructeur. Aussitôt la corvette au sec dans le bassin, nous pouvons remarquer que la quille ressemble à un ponton. Bâbord est horriblement « mâché » par le travers du grand mât et de la machine. Tribord a peu souffert. Le 29 août, les grosses réparations étant terminées, notre état-major donne un bal à bord, auquel assiste l’élite de la société de la colonie. Remise à flot le 22 septembre. Nous sortons du bassin pour aller en petite rade essayer notre machine et faire le charbon et les vivres. La réparation de la coque et de la machine a coûté 200 000 francs.

Nous partons de Maurice le 27 septembre pour arriver à Saint-Denis, île Bourbon, le 28. Nous repartons de Bourbon le 5 octobre et allons mouiller à Singapour le 28. On quitte Singapour le 2 novembre et nous arrivons à Saigon, en Cochinchine, le 6. Nous abordons le transport la Creuse en allant prendre notre mouillage à 2 heures du matin. Repartis de Saigon le 29 novembre, nous touchons Hong-Kong le 5 décembre. Nous repartons le 7, et le 23 nous mouillons dans la grande rade d’Osaka au Japon. Le 24 décembre nous voyons très bien l’éruption du grand volcan Fuji-Yama et repartons ce jour d’Osaka. Le 25, nous mouillons à 8 milles de Yokohama, et le 26 nous sommes sur rade. Nous y retrouvons la corvette Dupleix à laquelle nous devons faire la relève, une division anglaise avec l’amiral à bord de la frégate Princess Royal et un vapeur japonais commandé par un officier français.

La corvette Dupleix, qui a participé le 5 septembre 1864 avec la frégate Sémiramis au bombardement de Shimonoseki, en réponse aux attaques sur des navires occidentaux.

Le 1er janvier 1866, la frégate Guerrière mouille également sur rade, venant de Hong-Kong. Le 22, la corvette Dupleix appareille pour rentrer en France. Nous partons de Yokohama le 3 juin pour rejoindre notre amiral qui se trouve à Shanghai. Le 7 nous mouillons à Woosung, station qui se trouve au bas de la rivière Wan-Poo qui arrose Shanghai. Là nous retrouvons au mouillage la Guerrière, le Lebreton, le Tardif et le Déroulède. Le 11 juin, la frégate appareille pour Tien-Tsin. Le 12 nous montons la rivière pour aller mouiller à Shanghai. Nous repartons le 18 juillet et, le 19, nous rencontrons en mer la frégate que nous allions rejoindre à Hong-Kong. Le 20 nous allons sonder dans les archipels Lou-Tchou et Cécille (NDLR : nom chinois de l’archipel des Ryūkyū, explorées par l’amiral Cécille en 1846, qui donna son nom au groupe d’île septentrional). Le 23 nous mettons en panne et envoyons un canot à terre à l’île du Soufre. Cette île est portée comme inabordable et inhabitée sur les instructions et les cartes. C’est effectivement le cas. Le 27, nous mouillons à l’île de Saite de la grande Lou-Tchou. Nous partons le 29 pour arriver à Chusan, dans la baie de Ting-Hae (NDLR : Dinghai), le 3 août. Nous retrouvons en rade le Tardif et un vapeur chinois. Nous quittons Ting-Hae le 9 et échouons dix minutes en appareillant. Le 10 nous mouillons à Woo-Sung pour, le 11, remonter la rivière Wam-Poo et arriver de nouveau à Shanghai.

La frégate Guerrière au mouillage.

Le 19 août nous quittons Shanghai pour Woosung, là nous faisons notre charbon et nos vivres, et repartons le 21 pour aller mouiller à Swatow (NDLR : Shantou) le 29. Le 31, nous recevons la visite du mandarin local. A son départ nous le saluons de 8 coups de canon. On part de Swatow le 1er septembre pour rejoindre l’amiral qui nous a donné rendez-vous dans le golfe du Pé-Tché-Li (NDLR : golfe de Bohai) près de la mer Jaune. Nous mouillons le 8 à Tche-Fou et retrouvons en rade la Guerrière, qui donne quatre coups de canons, la goélette le Mirage, et le Déroulède.

Voici ce qui nous fut lu et fut affiché au pied du grand mât :

Ordre du jour.

Un grand crime vient d’être commis en Corée. Plusieurs missionnaires ont été odieusement massacrés par les forces du gouvernement de ce pays. Il nous appartient, à nous qui avons reçu la noble mission de faire rayonner au loin le drapeau de la Patrie, de frapper ceux qui ont commis un semblable forfait, et de montrer à ce gouvernement barbare que le sang innocent des enfants de la France est à jamais sacré. Je vous conduis donc sur les rivages de la Corée. Nous ferons nos efforts pour arriver au cœur de ce pays et venger les hommes de bien qui ont été mis à mort par ceux auxquels ils venaient enseigner la charité la vertu. Je n’ai pas besoin de faire appel à votre courage et à votre dévouement, je les connais. Mais dans notre juste vengeance nous ne confondrons pas ceux qui ont ordonné le meurtre de nos compatriotes avec les habitants paisibles qui ne demandent qu’à nous tendre la main. Nous saurons donc nous montrer dignes de la France et de notre auguste souverain, dont le cœur magnanime veille sur ses enfants partout où ils se trouvent. En nous inspirant du souvenir de la Patrie nous marcherons au cri mille fois répété « Vive l’Empereur ».

Mouillage de Tche-Fou, à bord de la frégate Guerrière, le 18 septembre 1866.

Le contre-amiral Roze.

Le contre-amiral Roze entouré par l’état-major et l’équipage de la Guerrière.

L’amiral attend le Laplace, le Kien-Chan et le Lebreton pour prendre part à l’expédition projetée contre le roi de Corée ; dix missionnaires français dont un évêque ont été massacrés le 17 septembre. L’amiral embarque à notre bord avec un peloton de marins fusiliers de la compagnie de débarquement de sa frégate, ainsi que son état-major. Nous partons de Tche-Fou le 18 à six heures du matin, ayant à la remorque les canonnières Tardif et Lebreton. Le 19 nous larguons les remorques et les canonnières se placent devant nous pour faire la sonde et nous signaler le fond. On mouille le même jour à 10 heures du soir dans l’archipel coréen. Le 20 on appareille pour mouiller deux heures plus tard dans l’archipel Guérin. L’amiral envoie immédiatement le Déroulède à la recherche d’un passage qu’il trouve pour appareiller, comme la veille, avec les deux canonnières en ligne de feu à l’avant. Nous remontons une rivière salée qui était jusqu’alors inconnue. Cette rivière devait nous permettre d’approcher Séoul, la capitale et résidence du roi, à 15 ou 18 milles. Mais à 2 heures 25 nous touchons sur une roche. Nous nous béquillons immédiatement au moyen de nos basses vergues qui étaient préparées à cet effet. A la marée montante, on est de nouveau à flot mais on a perdu notre fausse quille. Nous redescendons la rivière pour mouiller près d’un village coréen.

Le lendemain dimanche, le missionnaire échappé au massacre officie à bord et, après sa messe, embarque avec l’amiral à bord du Déroulède qui cale moins que nous. Après leur départ, nous allons mouiller à l’île Boise, à l’embouchure de la rivière salée. L’amiral visite cette rivière et note les passes. A 3 heures, trois grandes jonques coréennes portant chacune une centaine d’hommes, sans armes, nous accostent et nous demandent, par signes, de visiter notre corvette. Le commandant dit oui mais interdit le faux-pont où sont cachées les armes. Ils sont tout étonnés devant la montre et l’habitacle, tout surpris par le tic-tac du mouvement. Le soir, n’ayant pas connaissance d’une particularité locale, nous échouons. En effet la mer descend parfois de 12 à 13 mètres. Toute la nuit nous travaillons pour nous déséchouer, victoire nous sommes à flot. Le 24 septembre nos officiers veulent descendre à terre mais ils sont repoussés par les coréens de l’île Boise. Le 30, les canonnières redescendent la rivière et nous annoncent que les Coréens ont pris l’initiative du combat en tirant sur l’amiral pendant le trajet du retour. Ils ont voulu barricader la rivière en mettant un grand nombre de jonques amarrées par le travers. Toutes ont été coulées en quelques coups de canons.

Jonques coréennes coulées dans la rivière salée pour entraver le passage des navires français.

Ordre du jour du contre-amiral Roze.
Commandant en chef la division navale des mers de Chine et du Japon.

Le contre-amiral Roze s’empresse de témoigner sa satisfaction aux équipages du Primauguet, du Tardif, et du Desroulede, ainsi qu’aux officiers et aspirants de la majorité générale qui l’ont accompagné dans l’exploration difficile que nous venons d’accomplir. Chacun de vous a déployé ce zèle, cette intelligence et ces sentiments élevés du devoir, qui sont les meilleures garanties pour réussir. Grâce à vous la Corée est désormais ouverte et vous pouvez être fiers du succès que vous avez obtenu.

Le présent ordre sera lu aux équipages et affiché au pied du grand mât.

A bord du Déroulède, le 30 septembre 1866.
Le contre-amiral Roze.

Nous repartons de l’île Boise le 1er octobre pour aller à Tche-Fou chercher la division navale des mers de Chine et du Japon dont nous faisons partie. Nous arrivons le 3, le 10, le Déroulède et le Kien-Chan appareillent pour faire un simulacre de débarquement sur l’île Kung-Kung où se trouve l’hôpital. Le vice-amiral anglais, qui se trouvait sur rade, à bord du transport l’Aventure, assiste à l’exercice et passe ensuite nos marins en revue. Il nous dit : « malgré vos bonnes manœuvres et vos prompts exercices je doute fort de votre succès ». Le 11, à 7 heures du matin, toute la division appareille dans l’ordre suivant ; le Primauguet remorquant le Déroulède et le Tardif, le Laplace remorquant le Lebreton et la frégate la Guerrière remorquant le Kien-Chan et une chaloupe pontée. Le 12 nous mouillons à l’île Eugénie, dans le golfe du prince Jérôme. Les compagnies de débarquement gardent leurs couvertures au branle-bas du matin. Le 13 au matin, nous partons de l’île Eugénie pour venir mouiller à l’île Boise. A 11 heures, le Primauguet donne le premier dans la passe.

Kang-Hoa, ou Ganghwa, à l’ouvert de la rivière salée, est un point stratégique. Donnant accès à la mer à l’Ouest, ile permet de descendre au Sud au mouillage de l’île boise, et permet de remonter le fleuve à l’Est vers Séoul. Ce point doit être saisi pour permettre la suite des opérations.

Le 14 octobre, les avisos, les canonnières remontent la rivière avec les troupes de débarquement, les fusées, et la batterie d’obusiers pour prendre d’assaut la ville de Kang-Hoa, les hommes restants à bord faisant le blocus de la rivière. Le 17, la ville est en notre pouvoir et nous l’occupons.

Débarquement à Kang-Hoa, point d’appui contrôlant la rivière salée vers Séoul.
Investissement de Kang-Hoa par les troupes françaises. On pense l’adversaire en déroute, ce qui va exposer les assaillants à une rapide et brutale déconvenue.

Le 19, notre compagnie revient à bord. Le 1er novembre, le Tardif descend la rivière et nous annonce que les Coréens ont attaqué la colonne Thomas, qu’ils ont tué trois hommes dans la chaloupe à vapeur : un second-maître, un quartier-maître et un matelot. Le 9, l’amiral envoie la compagnie du Primauguet, qui était remontée depuis quelques jours, en reconnaissance à la citadelle de Tchiong-Tung-Da située à deux lieues du camp. A leur approche, à une fraction de mille de la citadelle, que nous croyions inhabitée, les Coréens sortent en nombre et accueillent les visiteurs par des coups de feu des plus nourris. Nos hommes battent en retraite car ils n’avaient pas d’obusiers. La colonne se composait de la compagnie de débarquement du Primauguet : 60 hommes et 7 officiers. 37 de nos hommes sont blessés, et cinq officiers. Après une riposte nourrie les Coréens cessent le feu et se réfugie dans la citadelle. Ils comptent leurs morts, tout étonnés qu’ils soient si nombreux après une seule décharge. La retraite des Coréens nous permet d’enlever nos blessés et de les ramener au camp. Les autres compagnies, qui ont entendu les coups de feu, accourent. Le commandant en chef de la colonne, monsieur le lieutenant de vaisseau Laguerre, présent à l’attaque, évalue à 6000 coups les tirs des fusils à mèche des Coréens.

La compagnie de débarquement est prise en embuscade, en très large infériorité numérique et dans une position désavantageuse. Le corps français doit se replier vers les navires. Le pillage de Kang-Hoa sera le seul résultat de l’expédition, qui se solde par un échec avec le retrait de l’escadre française.

Le 11 novembre, les canonnières redescendent la rivière avec leurs compagnies de débarquement, après avoir pillé et incendié la ville de Kang-Hoa, et fait sauter toutes les poudrières. Le 18 novembre, toute la division appareille, quitte l’île Boise pour l’île Fernande, où nous restons deux jours pour continuer notre tâche d’hydrographie et donner le temps à nos blessés de se remettre. Nous partons de Fernande le 21 novembre et arrivons à Woosung le 24 pour remonter la rivière Wam-Poo dans la journée du 25 et mouiller devant la concession française à Shanghai.

Le 11 novembre, les navires français affrontent au cours de leur retraite les forts sur la rivière salée.

Nous réappareillons à Shanghai le 24 avril 1867, avec à bord monsieur le ministre plénipotentiaire de France auprès de la cours de Pékin. Nous remontons le Yang-Tse-Kiang et arrivons à Sukau-Fort, à 10 milles de Nankin, le 25. Nous repartons de Sukau-Fort le 27 et arrivons à Woosung le 29 où nous trouvons sur rade le Déroulède auquel nous donnons la remorque. Le 30, le Déroulède en remorque, nous partons de Woosung pour arriver à Tche-Fou le 2 mai. On repart le 3 pour arriver le 4 en vue des forts chinois de Tang-Kou à l’embouchure de la rivière qui permet de monter à Tien-Tsin. Le ministre embarque sur le Déroulède pour remonter la rivière le plus haut possible, et de là, rejoindre Pékin, qui se trouve à 60 milles de Tien-Tsin, à cheval.

Le 8 mai nous appareillons de Tang-Kou à la voile pour nous rendre à l’extrémité sud de la grande muraille, 6ème merveille du monde, construite, d’après l’histoire ancienne, 214 ans avant Jésus-Christ, et destinée à préserver la Chine de l’invasion des Tartares. L’endroit où nous mouillons le 9 mai à 4 heures 20 se nomme Ning-Hai. Cet endroit n’est distant de Tang-Kou que de 40 lieues. Le commandant fait peindre le nom de notre corvette sur la muraille, à côté du nom, déjà présent de la corvette américaine Wachusett. Nous repartons de Ning-Hai le 12 et revenons à Tang-Kou le 13, pour repartir le 16 en remorquant le Déroulède. Le 17, le Déroulède rentre à Tche-Fou. Nous restons dehors pour faire nos exercices de tirs aux canons. Nous rentrons dans la rade le 18. Nous quittons Tche-Fou le 27 et mouillons à Shanghai le 31 mai.

Nous quittons Shanghai pour rentrer en France en visitant les stations de l’Océanie, le 1er août 1867 à midi en saluant l’amiral américain de 13 coups de canon. Le 5, nous passons par le travers de Swatow, à 6 ou 7 milles. Le 6, à 10 heures, nous mouillons dans la rade de Hong-Kong. Nous repartons le 13 pour arriver à Saigon le 18 à 8 heures du matin. Nous embarquons un scaphandre pour visiter les bâtiments en cours de route et quittons Saigon le 28 à 12 heures 15. Le 29, nous apercevons les îles Poulo Condor, le 30 les îles Naturas et Duperré. Le 3 septembre nous mouillons à l’entrée du canal Surabaya, à 25 milles de la ville. Mais nous ne pouvons pas profiter de cette passe car il n’y a pas assez de profondeur d’eau pour nous. Nous sommes obligés de contourner l’île de Madura et de passer par le détroit le long de la côte de Java. C’est un passage très dangereux, nous rayons le fond par deux fois. Le 5 septembre, à 3 heures et demie, nous mouillons à Surabaya, possession hollandaise située à l’extrémité sud de Java et à 80 lieues de Batavia (Djakarta).

Nous repartons de Surabaya le 12 septembre ; le 25 nous apercevons la terre de la Nouvelle-Hollande, le cap Leeuwin. Le 3 octobre nous apercevons la tour du Diable, le feu Wilson, et nous passons dans le détroit de Bass pour arriver à Sydney en Australie, colonie anglaise de Nouvelle Galles, le 6 à 9 heures du soir. Nous repartons de Sydney le 19, en emportant le courrier pour la Nouvelle Calédonie. Nous mouillons à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 24 à 8 heures 30 du soir. D’après les colons, nous sommes le premier bâtiment à mouiller de nuit dans la rade sans pilote ; l’entrée est très difficile du fait des bancs de coraux.

Nous partons pour une expédition à Pouébo le 27 et arrivons le 28 à midi. Nous trouvons sur rade la frégate la Sibylle avec le gouverneur à son bord, plus des prisonniers dont le roi de la tribu rebelle. On repart le 4 novembre pour arriver à Nouméa le 5 à 6 heures du soir. Nous quittons Nouméa le 9 et arrivons à Canala le 10 pour passer la nuit à Port-Bouquet. Nous quittons Canala le 12 à midi, passons par la passe nord, et rattrapons la partie sud. Le 13 nous passons par le travers de l’île Walpole.

La Sibylle photographiée à Papeete.

Le 19 novembre nous comptons deux fois le même jour et le même quantième pour le passage des antipodes, 180° de latitude Est du méridien de Paris. Le 22, nous passons par bâbord au large de l’île de Rarotonga. Cette île fait partie de l’archipel Cook. Le lendemain 23 nous croisons au large l’île Watiou (NDLR : Atiu) du même archipel et le 29 nous mouillons dans la rade de Papeete à Tahiti, en Océanie, à 7 heures 10 du matin. Nous trouvons sur rade la corvette Vénus et la frégate à voiles Isis qui sont en partance pour Toulon. Nous repartons de Papeete le 10 décembre à 6 heures du matin.

Le 4 janvier nous apercevons la terre par bâbord à 7 heures du matin. L’île d’Ildefonso fait partie de l’archipel du Cap. A 8 heures 40 du soir, nous croisons dans le détroit de Le Maire d’où nous sortons avec une petite brise. Le 6 à 7 heures 15 nous apercevons le cap San Diego en terre de feu. Le froid est très vif et nous rencontrons d’énormes banquises de glace.

Nous relâchons à Montevideo, république de l’Uruguay, le 15 janvier. Nous réappareillons de Montevideo le 23, par temps calme. Le 27, nous rencontrons un brick brésilien qui venait d’être démâté par un coup de vent. Le commandant lui propose du secours, il refuse à l’exception de connaître sa latitude et sa longitude. Nous mouillons en rade de Rio de Janeiro le 29. Immédiatement le service de la santé vient à bord et nous ordonne d’aller dans la baie de Santa Cruz pour y faire 48 heures de quarantaine, parce que nous venions de Montevideo en pleine épidémie de choléra. Nous repartons de Rio de Janeiro le 3 février pour passer l’Equateur par 33° de longitude Ouest le 16 à 3 heures du soir. Le 5 mars, à 5 heures du matin, nous sommes au tropique du Cancer. On relève le pic Picot au sud, variation 25° Nord. Nous mouillons dans la rade de Brest le 9 mars pour entrer au port le 12. Tout de suite nous démontons la machine et désarmons le bateau.

Circumnavigation du Primauguet entre 1865 et 1868.

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