Le Borda en 1847

Après le collège royal de Marine d’Angoulême, la formation des futurs officiers de la Marine française fut confiée à l’École navale, embarquée sur d’anciens vaisseaux de ligne : après l’Orion, l’aventure du Borda débutait. Cet article anonyme, publié dans les colonnes de L’Illustration les 30 janvier et 6 février 1847, décrit le quotidien des élèves de l’école navale de Brest, embarquée sur le premier Borda, anciennement nommé Commerce de Paris.

L’école navale a été établie, à titre d’essai, à bord du vaisseau l’Orion dès la fin de l’année 1827, mais sa constitution définitive, comme établissement destiné à remplacer le collège royal de la marine d’Angoulême, date de la fin de 1830. En 1839, le vaisseau l’Orion tombant de vétusté et devenant d’ailleurs trop petit pour le nombre toujours croissant des élèves admis, il fallut songer à transporter l’école ailleurs. Le premier vaisseau-école n’ayant pas donné tous les résultats qu’on en attendait, on hésitait entre le maintien de l’école à bord d’un vaisseau et son rétablissement à terre, lorsque l’arrivée de l’amiral Duperré au ministère décida la question en faveur de l’école flottante. Le vaisseau le Commerce de Paris, en refonte dans un des bassins de Brest, fut désigné pour remplacer l’Orion. La refonte du Commerce fut faite en vue d’un constant séjour en rade, et les aménagements qu’il reçut eurent pour but de donner aux diverses parties de l’enseignement des élèves toutes les facilités que comporte l’espace dont on dispose à bord d’un vaisseau, espace fort restreint, si on le compare aux nécessités d’un tel service. Par suite de son changement de destination, le Commerce quitta son nom pour prendre celui de Borda. Le Borda, armé en guerre, porterait 90 canons. Il n’en a que 18, et sa mâture est celle d’une frégate de 60.

Le Commerce de Paris, rebaptisé Borda.

Les élèves admis chaque année à l’école navale doivent y arriver durant la première semaine d’octobre, l’ouverture des classes ayant lieu habituellement le 5 ou le 6 de ce mois. Les élèves sont, le plus souvent, accompagnés par quelque personne de leur famille, ou au moins par un correspondant. Les jeunes gens sont transportés de terre à bord du vaisseau-école par des bateaux de passage ou par des canots du Borda envoyés pour les prendre dans l’après-midi du jour qui précède celui de la rentrée définitive. Aussitôt qu’ils sont à l’école, on les habille et on leur délivre tous les objets nécessaires à leurs études.

Arrivée des élèves à bord du vaisseau-école.

Chaque ancien (ou élève ayant déjà passé une première année à l’école navale) adopte un fiston. On appelle ainsi à l’école navale les élèves nouvellement admis. Ce fiston est souvent un parent ou au moins une connaissance de l’ancien ; mais il arrive parfois que quelques anciens, n’ayant pas de fistons parmi les nouveaux venus, se distribuent ceux qui n’ont pas non plus d’anciens connus par avance. Dans ce cas, quoique les cartes soient proscrites à bord du Borda, un fiston est souvent joué à l’écarté par les anciens non pourvus, et il échoit au gagnant.

Un « fiston » joué en cinq points.

La cuisine du vaisseau, placée dans la batterie haute, est réservée pour le service du commandant, des officiers et des élèves. La cuisine du commandant et des officiers est à bâbord, celle des élèves occupe tout le côté du tribord. Ces derniers ont deux cuisiniers et un ordinaire tel que les familles fort riches seules peuvent être servies aussi bien qu’eux, et pour la quantité et pour la qualité des mets. Cependant la dépense journalière pour frais de nourriture n’est que de 70 centimes par élève.

La cuisine des élèves.

Les élèves sont partagés en deux divisions distinctes occupant chacune un côté ou bord de la batterie basse du vaisseau. Chaque division se partage en pelotons de douze ou treize élèves mangeant ensemble. Cette réunion se nomme une table. Il y a quatorze tables et autant de domestiques pour les servir. Les tables sont suspendues au moyen de cordes à crocs un peu avant le moment du repas, et disparaissent ensuite. Les élèves sont assis autour des tables sur des pliants.

Le dîner dans la batterie.

Il y a trois récréations les jours de classes. Ces récréations sont toujours annoncées par une batterie de breloque. A ce signal, les élèves se répandent dans toutes les parties du vaisseau qui leur sont consacrées. Quelques-uns se promènent au-dessus des amphithéâtres, d’autres dans les batteries, quelques-uns enfin font de la gymnastique dans le gréement.

Les élèves en récréation.

Les élèves couchent dans la batterie basse et dans des hamacs qu’ils vont prendre sur le pont chaque soir et qu’ils suspendent eux-mêmes à des crocs numérotés. Tous les matins, à cinq heures, les élèves sont réveillés par la diane battue autour de la batterie. A ce signal, chacun s’habille et ploie son hamac. Dix minutes s’écoulent, après lesquelles il y a un roulement. A ce roulement, les hamacs sont mis sur l’épaule et portés au bastingage, au pas accéléré, qui est le pas de tous les mouvements généraux des élèves.

Le lever des élèves.

Tous les dimanches, les élèves se réunissent par divisions fractionnées en deux parties, dans la batterie basse du vaisseau ou sur le pont, suivant la saison ou suivant le temps. A la tête de chaque fraction de division, ou escouade, est un officier qui la commande. Les officiers passent une inspection préalable de leur escouade, dont ils rendent compte au commandant en second de l’école. Lorsque les diverses inspections partielles sont passées, le commandant en premier, étant averti, se rend au milieu des élèves. Au roulement qui annonce son arrivée, les escouades s’éloignent, leur tenue est inspectée d’abord ; puis les deux commandants prenant, l’un la première division, l’autre la seconde, lisent aux élèves successivement leurs notes et leurs punitions de la semaine.

L’inspection.

Il est d’usage à l’école navale que toutes les fois qu’il y a une demande à faire au commandant ou une réclamation à lui adresser, ce soient les brigadiers (ou premiers élèves par ordre de mérite) qui se chargent de porter la parole au nom de leurs camarades. Notre dessin représente une députation de brigadiers en présence du commandant.

La députation près du commandant.

Il y a dans la seconde batterie du vaisseau deux classes pour les cours, une par division. Ces classes sont séparées l’une de l’autre par une cloison. Un grand tableau, placé au-dessus d’une plate-forme de 1 mètre 50 centimètres de hauteur, occupe l’extrémité de chaque classe opposée à la cloison de séparation. Les élèves placés sur des bancs mobiles disposés en amphithéâtre peuvent voir facilement le tableau en écoutant la leçon du professeur.

Les élèves en classe.

Sur l’extrême arrière du vaisseau et au-delà du poste occupé par les adjudants de surveillance, a été réservé un espace peu étendu, dans lequel on a placé deux lits en fer, une table à pansements et une armoire à médicaments. Ce lieu s’appelle l’infirmerie. L’infirmerie reçoit les élèves lorsqu’ils sont seulement indisposés ou lorsqu’il s’agit de leur donner des soins préalables avant de les diriger sur l’hôpital de la marine, où ils sont envoyés dès qu’ils sont malades sérieusement.

L’infirmerie.

De toutes les peines disciplinaires auxquelles les élèves sont soumis pendant leur séjour à l’école navale, le cachot est la plus grave (trois mises au cachot provoquent un renvoi immédiat). Le cachot consiste en une cellule privée de jour et placée sur l’arrière dans l’entrepont du vaisseau. Le cachot contient un plan incliné en bois ou lit de camp, sur lequel les élèves peuvent dormir. L’ordinaire du cachot consiste en pain et eau seulement. Il est accordé une heure chaque jour pour prendre l’air aux jeunes gens qu’une faute très sérieuse contre la discipline a conduits au cachot.

Le cachot.

La messe se dit dans les amphithéâtres consacrés aux classes. La cloison qui les sépare l’un de l’autre étant formée de portes à deux battants avec des montants très espacés, on enlève ces portes et on a alors une vaste pièce dans laquelle les bancs sont posés une moitié à tribord pour la première division, l’autre moitié à bâbord pour la seconde division. Derrière le tableau de l’amphithéâtre de l’avant est une immense armoire contenant un autel. Cette armoire s’ouvre, un tapis est déployé sur les marches de la plateforme dont nous avons parlé. Cela fait, une garde, composée d’un caporal, d’un tambour et de huit matelots armés de fusils, précède les élèves dans la chapelle improvisée. Les jeunes gens y sont envoyés eux-mêmes ensuite. Lorsqu’ils y sont rangés devant leurs bancs, un officier vient se mettre à la tête de la garde, et les deux commandants, accompagnés des officiers de service, se rendent dans la chapelle, où leur arrivée est annoncée par un roulement prolongé. Commandants et officiers prennent place en tête de la première division des élèves, près de l’autel. Peu après la fin du roulement, l’aumônier, averti par lui, sort d’une petite chambre servant de sacristie et monte à l’autel. La messe se dit militairement ; elle se termine par un Domine salvum chanté par le mousse enfant de chœur. A ce chant succède une prière écrite, chantée aussi par l’officiant. Après cette seconde prière, l’aumônier rentre dans la sacristie. Le commandant sort aussitôt de la chapelle, accompagné des officiers qui le suivaient à son entrée. Un roulement annonce la sortie du commandant ; puis le tambour bat une marche accélérée au son de laquelle les élèves entrent en récréation.

La messe.

A bord de tous les vaisseaux de ligne, il est réservé sur l’arrière de la seconde batterie un logement appelé grand’chambre, séparé de cette batterie par une cloison mobile qu’on enlève les jours de combat. A bord du Borda non seulement la cloison est fixe, mais il y a des chambres particulières d’officiers au nombre de huit autour de la grande chambre. Les professeurs, qui ne séjournent jamais à bord, sont logés dans l’entrepont. La grand’chambre sert de salle à manger et de lieu habituel de réunion pour tous les membres de l’état-major du vaisseau, quel que soit leur titre ou la fonction qu’ils exercent à l’école. C’est dans cette grand’chambre que se réunissent les conseils de justice destinés à constater les délits qui, aux termes de la loi, sont du ressort de la discipline des bâtiments. C’est là aussi que siègent les conseils d’avancement, une fois par an. Dans ce cas tout l’équipage défile, homme par homme, devant le conseil, et chacun de ceux sur qui peuvent se porter les votes, est interrogé par le commandant président, sur la demande qui en est faite par un ou plusieurs membres siégeant. L’officier qui a provoqué l’interrogation peut, lui-même avec l’autorisation du président, questionner celui qui est devant le conseil.

La grand’chambre.

Le vaisseau-école ne pouvant, sans inconvénient grave pour la régularité des études, appareiller lui-même, une corvette doit le remplacer chaque fois qu’il s’agit d’exécuter des manœuvres. Cette corvette, portant quatorze canons de petit calibre, s’appelle la Licorne. Pendant le temps que la corvette passe dans le port, les élèves y sont envoyés pour la dégréer en entier jusqu’à démâter même ses bas-mâts. Ils la regréent ensuite jusqu’à ce qu’elle soit mise en état de prendre la mer. Les jeudis, entre huit et neuf heures du matin, les dimanches, après l’inspection, lorsque le temps a été jugé convenable par le commandant de l’école, les élèves, en costume de travail (vareuse ou blouse en toile et pantalon de la même espèce), s’embarquent, la première division dans la chaloupe du vaisseau accostée à tribord ; la seconde division, partagée en deux escouades, dans deux des grands canots accostés à bâbord ; l’officier commandant la corvette et l’un des chirurgiens du vaisseau prennent place dans la chaloupe, puis les trois embarcations font force de rames pour atteindre la Licorne.

Les élèves quittent le Borda pour se rendre à bord de la corvette de manœuvres.

Afin que les élèves prennent de bonne heure l’habitude du commandement, le commandant de la corvette, au lieu de diriger lui-même la manœuvre du bâtiment, remet son porte-voix à un élève de la première division, désigné de telle sorte que chacun puisse avoir son tour au moins une fois pendant la durée de l’année scolaire. L’officier se tenant constamment près de l’élève pour le guider, c’est ce dernier qui ordonne toutes les manœuvres à faire : on le laisse agir sous sa propre inspiration tant qu’il n’y a pas nécessité de rectifier immédiatement les erreurs que commet inévitablement un officier de quart aussi novice encore.

Elève commandant la manœuvre.

Lorsque les élèves ont été convenablement exercés à la manœuvre du canon, non chargé, à bord du vaisseau-école, pendant la première année scolaire, et au tir à boulet à la batterie-école du polygone de la marine au commencement de la seconde année, on commence alors à les exercer au tir à la mer. Dans ce but, un vieux canot portant sur une perche un grand pavillon rouge est mouillé à une distance de la corvette mesurée par avance. La corvette, restée d’ailleurs à l’ancre, est embossée (c’est-à-dire présente son travers au canot-cible). Cela fait, un nombre d’élèves, proportionné à celui des canons de la corvette, est envoyé du vaisseau à son bord et peu après commence le feu dirigé sur le canot-cible ; ce canot reçoit toujours plusieurs boulets, et il coule souvent avant la fin de l’exercice. Cet exercice terminé, les élèves envoyés à bord de la corvette rentrent à bord du vaisseau, et l’on prend les dispositions nécessaires pour que ceux qui n’ont pas été exercés encore le soient à leur tour les jours suivants.

Exercice du canon.

Toutes les fois qu’un bâtiment est sous voiles, il est d’usage de tenir dans quelque partie de la mâture un homme qui, voyant plus loin que cela n’est possible du pont, avertisse de l’approche d’autres bâtiments ou des dangers qui pourraient se rencontrer sur la route que l’on suit. L’homme ainsi placé est en vigie. A bord de la Licorne c’est un élève qui remplit ces fonctions.

Elève en vigie.

Quoique la corvette ne navigue que dans la belle saison et que jamais elle ne mette sous voiles dans des circonstances trop difficiles, il arrive parfois pourtant qu’elle reçoive des rafales passablement violentes. Dans ce cas, le commandant de la Licorne profite de l’occasion qui lui est offerte de donner aux élèves une idée de la manœuvre en usage à la mer dans un coup de vent. La corvette prend la voilure de cape, c’est-à-dire ne conserve que les voiles indispensables pour présenter l’avant à l’action des lames, afin que les flancs du navire les recevant obliquement, elles soient réfléchies à l’extérieur et n’embarquent pas à bord ; dans cette situation le navire dérive lentement sous les impulsions réunies de la mer et du vent. La corvette reste sous cette voilure tout le temps nécessaire pour que les élèves puissent bien juger de ce que c’est que la cape, et puis on rétablit la voilure qui convient au temps et l’on fait route de nouveau.

La corvette essuyant un coup de vent.

Les canots se placent à bord des bâtiments de deux manières tout à fait distinctes. Les plus légers sont suspendus en dehors du plat-bord, à l’extrémité de barres en fer ou en bois faisant saillie. Ces barres s’appellent des pistolets de porte-manteaux. Les embarcations les plus lourdes, la chaloupe entre autres, sont posées sur la partie du pont comprise entre le grand mât et le mât de misaine. Lorsqu’il s’agit de mettre à la mer un canot de porte-manteau, il suffit qu’on arrête le bâtiment en le mettant en panne, le bord opposé au canot présenté au vent, afin que ce canot se trouve naturellement à l’abri pendant l’opération. Cela fait, en mollissant avec précaution les palans (ou mouffles) sur lesquels l’embarcation est suspendue, elle repose bientôt sur l’eau. Les palans étant décrochés vivement, alors la manœuvre est terminée. De beau temps cette manœuvre s’exécute avec une promptitude extrême. Il n’en est pas ainsi lorsqu’il s’agit de mettre à flot un canot embarqué. Si c’est la chaloupe qu’on veuille débarquer, on l’allège le plus possible en en ôtant tout ce qui peut être rendu mobile. Pendant ce temps on dispose quatre forts palans appelés apparaux de chaloupe. Deux de ces palans, les palans d’étai, se fixent à la tête des bas-mâts au-dessous des hunes. Les deux autres, les palans de bout de vergue, à l’extrémité des basses vergues du côté de bâbord. Sur l’avant et sur l’arrière de la chaloupe, on a disposé, pendant sa construction, deux fortes barres en bois ou traverses. C’est sur ces traverses que s’accrochent (au moyen d’un court cordage appelé erse) les palans d’étai et les palans de bout de vergue. Les extrémités des basses vergues ayant été rapprochées à l’avance, de telle sorte que la chaloupe puisse passer sans difficulté entre les haubans des mâts principaux, on fait force sur les palans d’étai, la chaloupe quitte les chantiers sur lesquels elle repose et s’élève jusqu’à la hauteur des bastingages. On la maintient là et l’on agit aussitôt sur les palans de bout de vergue qui tendent à entraîner l’embarcation en dehors. Dès que leur effet est tel qu’ils commencent à supporter une moitié environ du poids de la chaloupe, on mollit avec précaution les palans d’étai ; la chaloupe franchit le bastingage et se trouve bientôt suspendue au-dessus de la mer. A ce moment tout son poids étant supporté par les vergues, on n’a plus qu’à amener, comme dans le premier cas, jusqu’à ce que l’embarcation se trouve naturellement à flot. Avec un équipage exercé il faut deux minutes pour amener un canot de porte-manteau et dix minutes au moins pour mettre la chaloupe à la mer. Les élèves font souvent les exercices que nous venons de décrire, surtout pendant la durée des vacances (division de première année, du 15 juillet au 25 septembre).

Les élèves mettant un canot à la mer.

Lorsque le vent devient trop fort pour qu’un bâtiment puisse porter toutes ses voiles, on supprime d’abord les plus élevées, c’est-à-dire les cacatois et les perroquets. Si cela ne suffit pas, il faut diminuer la surface que les huniers présentent au vent. Pour cela, on prend des ris. Un ris est une bande de toile, dont la hauteur varie suivant l’espèce du bâtiment ; mais dans tous les cas, le dernier ris étant pris, la surface du hunier doit être diminuée de moitié à peu près. Pour prendre un riz, on amène les huniers en rendant en même temps leurs vergues perpendiculaires à la quille du navire, ce qui s’appelle brasser carré. Puis la vergue étant maintenue convenablement dans cette situation, au moyen de ses bras et de ses balanciers (ou cordes qui la font mouvoir dans le sens horizontal), on pèse (on roidit) les palanquins (ou cordes qui soulèvent le hunier de ses ralingues de côté). Cette première opération terminée, des hommes sont envoyés sur la vergue en nombre suffisant pour rouler sur la partie de l’avant la bande de toile qui forme le ris à prendre. Les plus adroits de ces hommes, ou gabiers, amarrent les cordes qui fixent les coins de la voile diminuée, ou empointures ; les autres sont les garcettes, ou tresses, disposées dans toute la largeur du hunier à la position inférieure de la bande de ris. A bord de la corvette de manœuvre, ce sont les élèves qui sont envoyés sur la vergue, après avoir disposé toute choses eux-mêmes. Le ris pris, les huniers sont rétablis dans la positions qu’ils avaient avant la manœuvre qui vient d’être exécutée.

Les élèves prenant un ris.

Dès qu’un bâtiment atteint certaines dimensions, ses ancres devenant trop lourdes pour être ramenées du fond de la mer à sa surface, sans l’aide d’une machine douée d’une certaine puissance, en Marine on est dans l’usage d’employer un treuil vertical auquel on donne le nom de cabestan. Ce treuil est mis en mouvement par de longues barres en bois qui s’enfoncent dans la partie supérieure du cabestan à hauteur de poitrine d’homme. Dans ceux actuellement en usage, les cabestans Barbotin, le câble-chaîne, dont l’extrémité est fixée sur l’anneau (ou organeau) de l’ancre, s’enroule à la partie inférieure du cabestan, sur une enveloppe en fonte dans laquelle sont ménagées des empreintes où les anneaux de la chaîne viennent d’eux-mêmes se placer successivement. Le câble-chaîne, une fois logé dans ces empreintes, si l’on fait tourner le cabestan dans le sens convenable, la chaîne se roidit, le bâtiment sollicité par elle vient se placer au-dessus de son ancre, et si l’effort exercé se continue avec une énergie suffisant, l’ancre est arrachée du fond (ou décapée) et ramenée jusqu’à l’écubier, ou trou par lequel passent les câbles. A bord de la corvette, ce sont les élèves qui disposent la chaîne autour du cabestan et qui font force sur les barres pour lever les ancres. Le cabestan sert aussi à guinder ou à caler les mâts de hune, c’est-à-dire à les élever et à les abaisser.

Les élèves au cabestan.

Pendant la durée de la belle saison, lorsque la température de l’air s’élève à 15° Réaumur (NLDR : 18,75°C) au moins, les élèves sont envoyés au bain sur la plage de Laninon, située dans le voisinage du vaisseau-école. Pour cela, la chaloupe et deux des grandes embarcations, munies de la moitié de leurs équipages, sont accostées tribord et bâbord. Les élèves sont rassemblés sur le pont, et ils s’embarquent avec des adjudants de surveillance et un tambour ; une division dans la chaloupe, l’autre, par escouades, dans les canots. Un officier et un des chirurgiens s’embarquent dans un dernier canot, avec un quatrième adjudant et l’infirmier porteur de la boîte de secours pour les noyés. Lorsque les canots, dirigés vers la plage y ont touché, les élèves débarquent aussitôt et vont déposer leurs habits qu’ils remplacent par un caleçon de bain. L’officier et les adjudants des canots qui ont amené les élèves se placent de manière à empêcher que personne puisse s’écarter sans perdre de vue la plage sur laquelle ils restent constamment ; le chirurgien se tient disposé à donner les soins à qui les réclamerait, avec l’aide de l’infirmier qui a débarqué sa boîte. Enfin, les canots, après avoir mis les élèves à terre, forment à peu de distance du rivage, et sous les ordres de l’adjudant venu dans le canot de l’officier, un cordon qui ne doit pas être dépassé. Ces mêmes canots sont d’ailleurs prêts à se porter partout où leur présence serait jugée nécessaire. Aussitôt qu’ils se sont déshabillés, les élèves se jettent à l’eau, et des maîtres de natation, venus dans leurs embarcations, se tiennent parmi eux afin de les aider dans leurs essais de natation ou de leur porter secours immédiatement en cas de nécessité. Vingt minutes après le moment où les élèves sont rentrés dans l’eau, un rappel de tambour les en fait sortir, et à un roulement qui suit le rappel à dix minutes d’intervalle, tout le monde doit s’embarquer pour retourner à bord du vaisseau.

Lorsque les élèves sont sur cette plage de Laninon, cette anse présente un spectacle fort animé ; parce que, de toutes parts, y affluent des femmes et des enfants portant des paniers remplis de fleurs, de gâteaux et de fruits. Les élèves, avant de se rembarquer, achètent une grande partie de ces objets, dont ils débattent souvent les prix avec les marchandes, sans pour cela payer moins cher. Cette vente est une véritable industrie pour les habitants du village de Laninon, et presque toutes la pratiquent.

L’école de natation.

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