Visite du Musée de la Marine de Toulon

Alban Lannéhoa

Nous vous emmenions dans notre dernier article à la découverte du Musée de la Marine de Paris, à l’occasion de sa réouverture. N’oublions pas pour autant que d’innombrables trésors sont exposés dans les antennes régionales du musée. Nous vous proposons aujourd’hui une visite du Musée de Toulon.

Nous commençons cette visite par ce tableau très vivant illustrant le lancement de la frégate Thémis à Toulon en 1862, réalisé un siècle après l’événement par Albert Brenet (1903-2005) à partir de la magnifique photographie que nous avions choisi en couverture de notre article sur les frégates. Mise sur chantier en 1847, la Thémis est allongée sur cale avant son lancement afin de recevoir une machine à vapeur. Elle ne sera du fait de cette profonde transformation lancée que quinze ans plus tard.

Voici ensuite un impressionnant diorama de l’abattage en carène de la frégate Artémise, après son échouement à Tahiti en 1839. L’armement est débarqué, et six cabestans permettent de pencher le navire pour accéder aux œuvres vives endommagées et les réparer. On procède ainsi en l’absence de forme de radoub permettant de mettre à sec le navire.

L’Artémise a été construite en 1826 à Lorient sur plans de l’ingénieur Jean-Baptiste Hubert (1781-1845). Considérés particulièrement réussis, les plans de cette frégate serviront pour de nombreux autres navires, jusqu’à la génération de la Flore, mise sur cale en 1847 et qui sera transformée en navire mixte comme la Thémis dont nous avons parlé précédemment.

Comme à Paris, nous admirons ensuite quelques figures de proue qui ornaient autrefois nos navires. Voici l’impressionnant buste de Neptune qui décorait le bâtiment du même nom, un vaisseau de 80 canons de la classe Bucentaure (1818-1868).

Voici ensuite le pendant des figures de proue : des atlantes ou des cariatides ornaient encore l’arrière des vaisseaux et frégates jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Ces sculptures soutenaient les balcons en fer forgé de la poupe, derniers éléments de décor des bâtiments du XIXe, plus sobres que ceux des siècles précédents. Ces deux figures d’Héraclès décoraient le vaisseau Montebello, en service de 1812 à 1867.

Poursuivons avec ce tableau du célèbre peintre de marine Ambrois-Louis Garneray (1783-1857) représentant le « vol de l’Aigle », retour de Napoléon Ier de l’île d’Elbe en février 1815. Le brick L’iconstant portant l’Empereur croise ici le brick Zéphir, avant de gagner Golfe-Juan. S’ouvre alors la période des Cent jours qui prendra fin avec l’exil à Sainte-Hélène.

Vient ensuite un grand tableau réalisé par le peintre officiel de la Marine Antoine Léon Morel-Fatio (1810-1871), représentant l’arsenal de Toulon vers 1854. Cette magnifique fresque donnant à voir le Toulon du milieu du XIXe siècle fourmille de détails passionnants !

Dans le port marchand, les nombreux pavillons étrangers, dont le Stars and Stripes, témoignent de l’accélération fulgurante des échanges commerciaux au cours du XIXe siècle

Amarré sur les quais de l’arsenal du Mourillon, le Trident, vénérable vaisseau de 80 canons construit à Toulon en 1811, est désarmé et va bientôt servir de casernement pour les bagnards. Réduit à cette fonction de bagne flottant, on l’a paré d’une livrée noire.

Au mouillage en rade se trouvent un imposant vaisseau de ligne converti en mixte, dont on distingue la cheminée sur l’avant du grand mât, et d’autres bâtiments propulsés par roues à aubes, probablement des navires de transport. Dans les années 1850 l’heure est déjà à la propulsion à la vapeur, reléguant les anciens voiliers comme le Trident à leur triste rôle de ponton.

Changeons d’époque avec cette célèbre scène de combat sur le cuirassé Vauban vers 1895, réalisée par Paul Léon Jazet (1848-1918). Là encore les nombreux détails font la richesse de ce tableau, particulièrement vivant.

Moment de grande concentration pour les marins affectés au service de l’une des pièces de 240mm en barbette, plateforme protégée qui préfigure les tourelles des cuirassés modernes.

Trois autres matelots mettent en œuvre un canon revolver Hotchkiss de 37mm. Ce canon rotatif à tir rapide, sur le même principe que la célèbre Gatling, est destiné à lutter contre les menaces rapprochées, notamment les premiers torpilleurs et sous-marins.

Enfin, un peloton de fusiliers marins s’exerce au tir au fusil Kropatschek, adopté par la Marine en 1878. Dans l’ombre de l’artillerie navale, certes plus impressionnante, ce fusil à répétition permettant d’opposer à l’adversaire un feu nourri est une avancée technologique tout aussi importante.

Nous trouvons ensuite les modèles de navires, en commençant par l’Eclaireur, croiseur de 3ème classe. Nous vous invitons à retrouver notre précédent article pour comprendre le glissement sémantique de la frégate au croiseur dans la deuxième moitié du XIXe.

Ce magnifique modèle, ouvert sur tribord, permet d’observer le vaigrage métallique croisé sous le bordage, renforçant la structure du bâtiment. Sur les navires un peu plus anciens, au milieu du XIXème ce vaigrage métallique était plutôt placé à l’intérieur de la membrure et non à l’extérieur.

L’Eclaireur, lancé en 1876, dispose d’aménagements modernes : la roue est déplacée devant la cheminée, laissant la plage arrière libre pour l’installation d’une pièce d’artillerie. Un petit local abritant une table à carte pour l’équipe de quart est aménagé sur l’arrière de la cheminée. L’ensemble de cet espace sera bientôt abrité, aboutissant à la passerelle des bâtiments modernes.

Suivant la mode de l’époque, ce navire est pourvu d’un impressionnant éperon. Retrouvez notre article sur ce sujet pour comprendre ce retour à la tactique anachronique du combat par le choc.

Un modèle plus discret pour un bâtiment historique : la Gloire conçue par le célèbre ingénieur Dupuy de Lôme, première frégate cuirassée lancée à Toulon en 1859, innovation décisive révolutionnant le combat naval. Nous avons présenté récemment une version à plus grande échelle de ce navire, exposée au Musée de Paris.

Poursuivons avec un très grand modèle d’un bâtiment très similaire : la frégate cuirassée Flandre, lancée en 1864. Il s’agit d’une version améliorée de la Gloire, disposant d’un blindage de 15cm d’épaisseur et non plus de 13cm. Nous vous laissons imaginer le poids total de cette ceinture d’acier recouvrant une membrure de chêne !

Nous observons sur cette vue de détail, à l’arrière de la cheminée, le réduit central blindé du navire depuis lequel l’état-major pouvait observer les évolutions et conduire navire au combat. Nous avions montré une installation similaire sur le HMS Warrior à Portsmouth.

On trouve enfin dans un coin du musée un loch un peu abandonné, sans doute utilisé de temps à autre pour expliquer au public l’usage de cet instrument mesurant la vitesse du navire. L’élève Maurice Rollet de l’Isle décrivit son utilisation dans ses carnets, que nous avons contribué à publier aux Editions Voilier Rouge.

Nous terminons cette visite du Musée de Toulon avec ce grand tableau d’Eugène Dauphin (1857-1930) représentant un vénérable trois-ponts à Toulon, attendant son démantèlement. Le bâtiment à vécu, les hauts mâts ont été retirés, le doublage de cuivre des œuvres vives a verdi. Les tauds sont tendus pour protéger le pont supérieur du soleil méridional, dont profite pour quelque temps encore cet auguste navire, avant la disparition complète des bâtiments à voiles du paysage naval.

3 réponses à “Visite du Musée de la Marine de Toulon”

  1. Морска история разкрита в цялото си великолепие от прекрасни майстори на корабните модели!Благодаря за възможността да се насладя на великолепната архитектура!С удоволствие бих посетил музея за да видя всичко с очите си !

    J’aime

    • Bonne question ! A la lecture de votre question, j’ai pensé aux filins souvent tendus le long du bord pour offrir une prise aux embarcations venant accoster, mais ici il s’agit d’un cordage tenu assez loin du bord, semble-t-il relié à un tangon sur l’arrière. C’est pour le moins encombrant comme disposition…

      J’aime

Répondre à Evgeni Genov Annuler la réponse.