La France en Chine

Prosper Giquel (1835-1886)

Ebranlée par les guerres de l’opium, la dynastie Qing se trouva menacée en interne par la révolte des Taiping. Des marins français jouèrent un rôle singulier dans la défense de Shanghai et Ningbo face à cette insurrection, s’improvisant généraux d’un corps franco-chinois. Prosper Giquel, l’un des protagonistes de cette aventure et futur créateur de l’arsenal de Fuzhou, livra en 1863 ce récit de ces opérations en Chine.

Quand les Anglais, en 1842, eurent par leur double expédition obtenu l’ouverture des ports chinois au commerce européen, on commença de s’intéresser plus directement au Céleste-Empire. Toutefois ce premier pas en avant ne tarda point à être suivi d’une sorte de mouvement rétrograde, et dès l’année 1847 l’influence occidentale subit un déclin momentané sur les côtes de l’extrême Asie. Depuis cette époque, l’Europe et la Chine, par la guerre ou par le commerce, ont été de nouveau rapprochées l’une de l’autre, et ont eu occasion de se mieux connaître réciproquement. Bien qu’on répète souvent aujourd’hui que l’influence de l’Europe et celle de la France en particulier sont à peu près nulles en Chine, et qu’en vertu de cette opinion on traite volontiers ce pays avec dédain, les choses, au demeurant, ont bien changé en quelques années. Sans doute l’ascendant que le nom de la France a conquis dans ces contrées ne date pas encore de bien loin : il y a huit années au plus, les étrangers établis à Canton refusaient, sous le prétexte qu’aucun négociant ne représentait notre commerce en cette ville, de laisser planter notre pavillon dans le jardin des factoreries où se déployaient les drapeaux des autres nations, et le commandant de notre station navale était obligé en cette circonstance d’avoir recours à la force. Le seul de nos agents diplomatiques qui fut en contact direct avec les autorités chinoises était le consul de Shanghai, homme d’adresse et d’énergie, qui savait parler au nom de la France et se faire écouter. La légation, ne voulant pas se fixer à Hong-Kong, s’était installée à Macao, ville portugaise fort calme, où elle pouvait recevoir, pures de l’atmosphère anglaise, les légères brises de politique qui soufflaient parfois de son côté. Le commerce y était nul ou à peu près ; malgré les traités de 1842, la propagation de la foi s’y exerçait dans l’ombre par les missionnaires, qui restaient cachés au fond des barques ou dans les pauvres cabanes de leurs néophytes.

Telle était encore la situation de la France en Chine lorsqu’en 1857 elle unit ses armes à celles de l’Angleterre, et entreprit avec une poignée d’hommes cette courte campagne qui commença par la prise de Canton et finit par le traité de Tien-tsin. Dès ce moment, l’attention se tourna plus assidûment vers cette contrée mystérieuse de l’Asie, et ce mouvement de curiosité fut pour notre influence le signal d’une marche en avant, lente d’abord, puis plus rapide avec la campagne que couronna le traité de Pékin. Le jour où la plume des plénipotentiaires signa ces dernières conventions, qui cette fois devaient être efficaces, la France avait repris, politiquement du moins, le rang auquel elle devait prétendre dans ces parages ; la Chine avait vu, non sans étonnement, cette nation dont elle croyait le rôle secondaire en Europe se présenter et agir de pair avec les Anglais, briser les portes du Céleste Empire, et elle avait éprouvé, de manière à ne plus l’oublier, la résolution de son caractère et la vigueur de ses coups.

Signature du Traité de Tien-Tsin en 1858. Gravure Edmond Morin (1824-1882).

Ces événements eurent chez nous et sur nous un effet non moins salutaire. Tout en suivant les péripéties de cette guerre curieuse, on comprit l’avenir qu’offrait aux intérêts occidentaux cette immense étendue de pays dont l’accès venait d’être ouvert, et l’on se mit à l’étudier. L’éducation de la France y a bien gagné : le public ne trouve plus aujourd’hui si bizarres et si ridicules les hommes et les choses de l’extrême Orient ; il sait que les races qui l’habitent sont sérieuses et intelligentes, qu’il y a là, comme partout ailleurs, mélange de bien et de mal, de force et de faiblesse, de grandeurs et de misères, que des convulsions qui agitent maintenant ce pays sortira un monde politique dans lequel nous sommes appelés à tenir une place. La Chine, depuis quatorze ans, est en proie à une rébellion dont les forces, il est vrai, s’éteignent, mais dont les germes resteront.

Prise de Fucheng en 1854, épisode de la révolte des Taiping.

Le chiffre d’affaires qui résulte annuellement pour la France de l’état actuel des relations européennes avec la Chine s’élève à 200 millions au moins. Sur cette somme, 135 millions s’appliquent aux produits (thé et soie) que nous allons acheter sur les marchés où les importent l’Angleterre et la Russie ; le reste provient de notre trafic direct avec les comptoirs établis en Chine et des affaires que font nos nationaux dans le pays même. C’est à Shanghai que ces comptoirs ont leur principal siège. La position géographique de cette ville en a fait le centre du commerce dans l’extrême Orient. Les trois ports de Yang-Tse-Kiang, de Tche-fou, de Tien-tsin, le Japon, la province de Kiang-Sou et une partie des districts de soie de la province du Tche-Kiang, y font, comme autant d’artères, affluer la vie et le mouvement. L’aspect de Shanghai a été souvent décrit, et il suffira d’en donner ici une rapide esquisse. La partie purement chinoise comprend une ville circulaire, entourée de murs, et des faubourgs qui s’étendent, au sud et à l’est, jusqu’au fleuve Whampoa. Un million au moins d’habitants se pressent dans cet espace relativement étroit, bâti sans ordre, et s’y s’entassent dans des maisons dont le rez-de-chaussée et l’unique étage semblent ne pas pouvoir les contenir. Dans les rues, c’est une fourmilière, et lorsque la chaleur y développe les miasmes qui s’exhalent de toutes parts, l’Européen s’enfuit, stupéfait de voir la foule des indigènes s’agiter et vivre dans une atmosphère aussi viciée. Au nord de la ville, et longeant la courbe du Whampoa, se déroulent les concessions. Près des murs est la concession française ; plus loin, séparée de celle-ci par un étroit canal, la concession anglaise; au-delà, un terrain neutre porte, mais à tort, le nom de concession américaine, car les Américains, fidèles au principe de leur constitution, qui interdit les colonies, ont récusé toute prétention au protectorat de ce terrain. C’est avec une vive émotion que le voyageur français, fatigué de n’avoir vu, depuis Suez jusqu’à l’extrême Orient, d’autre pavillon que le pavillon anglais, aperçoit, en arrivant à Shanghai, les couleurs du drapeau de son pays ; c’est avec bonheur qu’il voit la France occuper une place digne d’elle dans ce centre d’activité commerciale. Notre concession compte environ trois cents Européens et quarante mille Chinois.

Plan de la concession française de Shanghai en 1860, par Arthur de Trentinian (1822-1885). BNF Gallica.

Commerce is king, disent les Anglais, et ce pacifique roi Commerce s’est en effet créé à Shanghai un petit royaume qui a mérité le nom de model settlement. C’est, sur un coin du globe, l’accomplissement des vœux de l’humanitaire qui rêve la fusion des peuples. On y voit une population mixte d’environ trois mille Européens et de cent cinquante mille Chinois vivre dans un ordre parfait sous la direction de quelques bourgeois et sous un protectorat qui s’efface autant qu’il le peut. Un conseil municipal de cinq membres pour chaque concession, voilà tout le gouvernement. La durée de ses pouvoirs est d’une année; lorsqu’ils sont expirés, les locataires du sol (land renters) de quelque pays qu’ils soient, se réunissent, examinent les comptes et la gestion du conseil sortant, nomment un nouveau conseil, et tout est réglé jusqu’à l’année suivante. Si dans l’intervalle une question grave se présente, on convoque les land renters. On ne saurait désirer plus d’urbanité, plus de jugement et d’expérience, et les décisions rendues par un tel aréopage peuvent être acceptées avec sécurité. Elles furent d’un grand poids pour les amiraux alliés, lorsqu’au mois de janvier 1862 les rebelles menacèrent Shanghai. Les renters, convoqués, déclarèrent d’un commun accord que les armées Taiping étaient dangereuses pour les intérêts accumulés dans les concessions. Les amiraux, qui, sans ordres de leurs gouvernements, avaient hésité sur le parti à prendre, se mirent alors résolument à l’œuvre, et Shanghai, menacée du sort de Ningbo et de tant d’autres villes chinoises, leur dut son salut et le maintien de sa prospérité. Aussi, plus tard, le cortège qui conduisit à leur dernière demeure les restes de l’amiral Protet réunit-il tous les résidents étrangers, qui voulurent saluer d’un dernier adieu de reconnaissance le Français mort en les défendant.

Auguste Léopold Protet (1808-1862), mortellement blessé lors de la prise de la ville fortifiée de Né-Kio, au cours des opérations visant à dégager Shanghai, assiégée par les rebelles Taiping. Gravure L’illustration, 11 février 1865, BNF Gallica.

La faiblesse du cabinet de Pékin et son impuissance à sauvegarder les intérêts des Européens ont mis les deux nations alliées, la France et l’Angleterre, dans l’obligation de se charger elles-mêmes de la protection de leurs négociants établis sur le sol chinois. Elles ont pour cela procédé de deux manières : directement, en écartant le danger avec leurs propres armes là où elles étaient menacées, comme à Shanghai et à Ningbo ; indirectement, en donnant au gouvernement impérial des agents à elles, chargés de l’assister, soit dans la formation de ses troupes, soit dans la collection de ses revenus. Personne ne doutera sans doute qu’elles n’aient trouvé dans cette dernière politique un moyen puissant de faire pénétrer dans l’extrême Orient leurs idées, leurs mœurs, et d’y préparer les réformes propres à prévenir le retour périodique de ces crises que les vices du régime existant rendaient inévitables. D’un autre côté, elles en ont retiré personnellement des avantages qui leur permettent de considérer cette introduction de leurs nationaux dans les rangs de la hiérarchie de la Chine comme un des éléments les plus sûrs de leur influence. Dès l’année 1855, la collection des revenus de la douane de Shanghai avait été confiée à des étrangers. À cette époque, des bandes de brigands, qui prétendaient faussement faire partie des Taiping, s’étant emparés de cette ville, les consuls résolurent de conserver au gouvernement une sorte d’action en lui sauvegardant les droits de douane qu’il prélevait sur le commerce étranger. Aucune autorité n’existant plus de fait dans la ville conquise, ils nommèrent trois commissaires, l’un anglais, l’autre français, le troisième américain, auxquels la perception de cet important revenu fut confiée. Quand la ville fut délivrée par la division navale française, les autorités de la province, qui avaient compris les résultats heureux du système fondé par les consuls, demandèrent qu’il fût continué.

Les compagnies de débarquement de la Jeanne d’Arc et du Colbert à l’assaut des murs de Shanghai le 6 janvier 1855. L’Illustration, 14 avril 1855, BNF Gallica

Les trois commissaires gardèrent donc leur position; mais, au lieu de rester collecteurs, ils se firent inspecteurs, c’est-à-dire que l’argent des douanes fut perçu sous leur contrôle. A la fin de 1858, le commissaire français et le commissaire américain donnèrent leur démission ; le commissaire anglais, M. Lay, demeura seul chargé de l’inspectorat, et il s’occupa aussitôt de l’étendre à tous les ports ouverts au commerce étranger. Le gouvernement chinois approuva ses propositions, mais ne le reconnut officiellement qu’en octobre 1862, après le traité de Pékin. Il reçut alors une commission d’inspecteur-général des douanes, et des brevets furent donnés aux personnes dont il fit ses chefs de service. Pour éviter les récriminations qui n’auraient pas manqué de se produire, M. Lay a aussitôt appelé à lui des personnes de toutes les nations ; la France est représentée dans les deux ports de Ningbo et de Fou-Tchao. L’accroissement que les revenus ont pris sous l’inspectorat, qui ne porte exclusivement que sur les droits versés par le commerce étranger, a montré au trésor de l’état ce qu’il devrait attendre d’une collection honnête des impôts.

La douane de Shanghai. Les puissances européennes ont tiré profit des troubles suscités par la révolte des Taiping pour s’arroger un contrôle direct sur les taxes sur le commerce de Shanghai. Dessin de Pierre Eugène Grandsire (1825-1905) d’après M. de Trévise.

En même temps que ce concours des étrangers conservait au gouvernement de Pékin d’utiles ressources, des officiers assuraient son salut en lui créant des troupes sérieuses. Lorsque les amiraux alliés résolurent en 1862 d’attaquer les armées Taiping qui menaçaient Shanghai, ils n’avaient à leur disposition que trois cents marins français et cinq cents marins anglais. Les renforts sur lesquels ils comptaient et qu’ils reçurent bientôt n’augmentaient pas assez leur petite troupe pour qu’ils pussent refouler seuls la masse effrayante d’ennemis qui enfermait les concessions dans un cercle de feu. Nous ne trouvions chez les Chinois d’autres auxiliaires que leurs braves, bandes plus nuisibles qu’utiles ; il fallut donc se créer de nouveaux moyens d’action. De cette nécessité naquirent les contingents chinois, disciplinés, commandés et armés à l’européenne. Déjà l’Américain Ward avait été investi par les indigènes du commandement de plusieurs centaines d’hommes, et par son intelligence, son audace et de nombreux services il avait acquis la confiance des autorités de la province ; mais jusqu’alors son commandement n’était pas reconnu par les nations étrangères, dont les représentants l’avaient-même un jour fait emprisonner pour avoir enrôlé des déserteurs anglais et américains. Dans les circonstances difficiles où se trouvaient les alliés, l’amiral anglais n’hésita point à reconnaître officiellement Ward comme colonel chinois, lui donna des instructions et lui fournit des munitions.

De notre côté, nous avions les restes d’un petit corps discipliné que le général Montauban avait créé, et qu’après son départ ses lieutenants avaient laissé se réduire : il ne comprenait plus guère que cent artilleurs, les fantassins ayant été licenciés; l’amiral français en porta le nombre à cinq cents hommes. C’est avec ce contingent et avec celui de Ward que les opérations commencèrent contre les Taiping ; on sait par une relation publiée dans la Revue quels services ces contingents ont rendus. Shanghai délivré, Ward favorisé par sa nationalité de Chinois, qu’il avait embrassée, soutenu activement par l’amiral anglais qui espérait s’approprier un jour son contingent, ce qui arriva en effet, Ward se trouva naturellement à la tête des réguliers indigènes, et développa son contingent à un tel degré qu’il absorba toutes les ressources dont les mandarins de Shanghai pouvaient disposer à cet égard.

Dès la fin de la guerre du nord, le gouvernement chinois s’était adressé aux Français seuls pour avoir des officiers et des armes: mais à cette époque on hésitait encore entre la dynastie tartare et la rébellion, l’ordre du jour était une neutralité complète : nous perdîmes par notre refus la prépondérance qui nous était offerte, et quand la politique eut condamné la cause rebelle, il était trop tard pour prendre le rôle que nous avions laissé échapper. Nous fûmes donc obligés de chercher un point du pays sur lequel nous pussions exercer notre influence militaire. Nous choisîmes Ningbo, qu’une division navale alliée venait, par un prodige d’audace, d’enlever aux Taiping (22 mai 1862).

Attaque de Ningbo par la division navale franco-britannique en 1862. Collections Royal Museums Greenwich.
Attaque de Ningbo. Au centre la chaloupe canonnière Etoile. Collections Royal Museums Greenwich.
Les murs de Ningbo après l’attaque alliée. Collections Royal Museums Greenwich.

Ce port, situé dans la province du Tche-Kiang, était loin d’avoir l’importance de Shanghai, dont il n’est éloigné que de cinquante-cinq lieues dans la direction du sud ; mais les opérations de la campagne devaient nous mener au milieu des districts de soie. Jeter dans cette contrée une garnison pour ainsi dire française, c’était donner des garanties de protection et de sécurité à ceux de nos négociants qui avaient déjà ouvert des établissements au sein même des populations séricicoles. D’un autre côté, la mission des pères lazaristes avait fait aimer le nom français dans le Tche-Kiang, et une vive reconnaissance animait les populations pour l’évêque, Mgr Delaplace, dont l’énergie et les conseils venaient de sauver la plus grande des îles Chusan, attaquée par les rebelles. Nous n’avions donc pas un meilleur choix à faire que Ningbo. Sans doute nous ne pouvions pas y attendre les mêmes ressources qu’à Shanghai, où les revenus de la douane, placés sous le contrôle d’étrangers choisis par le gouvernement chinois et devenus très considérables, permettaient immédiatement une organisation efficace ; nous trouvions une ville en ruine, habitée par de pauvres gens dans la misère, un port sans commerce, sans négociants riches, ceux qui l’habitaient autrefois ayant pris la fuite, et ayant ouvert ailleurs des établissements d’où ils ne songeaient pas encore à revenir. Cependant les Anglais ne se trompaient pas sur l’importance du Tche-Kiang, et dès la prise de Ningbo ils y avaient envoyé Ward avec cinq cents hommes ; celui-ci demandait que les finances disponibles servissent avant tout à la paie et au développement de son contingent. Malgré ces difficultés, les deux officiers de marine qui furent chargés d’organiser le corps franco-chinois réussirent à lancer leur entreprise. Il ne leur fut pas possible d’asseoir l’opération sur de larges bases ; les mandarins n’avaient pas d’argent, et il fallut « faire feu de tout bois. » On n’obtint d’abord que quatre cents hommes ; on les arma en empruntant à la douane des fusils confisqués à des commerçants européens fournisseurs des rebelles. Les chiens de ces fusils, qui étaient en fonte de fer, sautèrent les uns après les autres au nez des tireurs ; un armurier chinois les remplaça par d’autres qu’il avait forgés lui-même. On appela comme officiers des soldats français congédiés et restés à Shanghai. Un mois après, le petit bataillon se mit en campagne pour aller recevoir le baptême du feu.

Détachement du corps franco-chinois opérant contre les rebelles Taiping.

Afin de vaincre les craintes des mandarins, qui appréhendaient que la formation d’une nouvelle force à côté de celle de Ward ne les entraînât à de trop grandes dépenses, on mit sous leurs yeux le programme de l’expédition, qui avait pour but de chasser les rebelles du gouvernement de Ningbo, c’est-à-dire d’une étendue de territoire formant autour de cette ville une circonférence de soixante lieues environ. Ce territoire est borné au nord par un fleuve dont l’embouchure forme une baie large et profonde, appelée la baie de Hong-Tcheou, du nom de la capitale de la province ; les rebelles une fois refoulés au-delà de cette baie, elle deviendrait contre eux une barrière qu’ils seraient incapables de franchir. Le pays qu’il s’agissait de conquérir est divisé en deux parties égales par une petite rivière que nous appellerons rivière de Shang-Yu, du nom de la ville qui l’avoisine : elle laisse du côté de Ningbo six villes murées; de l’autre côté de la rivière, il n’y en a que quatre, mais entre elles est une préfecture considérable, appelée Shao-Shing. La manière dont les rebelles font la guerre nous traçait le plan que nous devions suivre : il fallait longer le large canal qui arrive à Ningbo, prendre les deux villes de Yu-Yao et de Shang-Yu, qu’il baigne dans son cours, et dont la chute entraînerait l’évacuation des autres, marcher ensuite droit à la rivière, s’emparer des abords, et forcer ainsi l’ennemi à la franchir au plus vite dans la crainte d’être coupé dans sa retraite.

Carte de la province du Tche-Kiang (Zhejiang), 1860. Shao-Shing (Shaoxing) se trouve au centre, Ningbo sur la côte Est, sur le fleuve Yung-Ho dont l’embouchure donne sur l’île de Chusan. Shang-Yu se situe entre Shaoxing et Ningbo. Carte d’Edward Powell, BNF Gallica.

Le contingent s’avança donc sur Yu-Yao. Il était secondé par quatre cents hommes du bataillon de Ward et par deux mille soldats impériaux. Deux canonnières, l’une anglaise, l’autre française, étaient chargées de les appuyer de leur artillerie ; mais les amiraux avaient défendu de mettre à terre un seul marin. Les débuts de l’attaque ne furent pas heureux. Il s’agissait d’enlever un pont fortifié, puis de s’emparer d’une montagne, également fortifiée, qui dominait la ville, et d’où l’on menacerait les rebelles assez sérieusement pour les forcer à prendre la fuite. Deux fois les réguliers se lancèrent sur le pont : accueillis par un feu terrible, ils ne purent avancer, et eurent dans cette attaque quinze hommes tués et cinquante blessés ; des treize instructeurs, un périt, et six autres furent atteints. Le lendemain, les rebelles, enhardis par le succès, firent une sortie: mais les réguliers, furieux de leur échec de la veille, se précipitèrent sur eux, les mirent en fuite, les poursuivirent la baïonnette dans les reins et entrèrent avec eux dans la ville. Une heure plus tard, les Taiping s’étalaient en une longue bande noire dans la campagne : Yu-Yao nous appartenait (juillet 1862).

A la suite de cette affaire, ce fut vainement que Ward essaya de prouver aux mandarins qu’il avait seul le droit, en sa qualité de Chinois, de former des troupes : le contingent français fut élevé à mille hommes et reçut des subsides ; il fut reconnu officiellement par le gouvernement de Pékin, qui délivra à l’un des fondateurs une commission de général et à l’autre une commission de directeur-général, ordonnant en même temps aux mandarins de les seconder. N’étant pas alors en état de pousser plus loin leurs opérations, les troupes s’installèrent à Yu-Yao et y tinrent garnison. Les Taiping vinrent souvent les harceler, jusqu’au jour où, tentant un effort suprême pour reconquérir le pays, ils se partagèrent en deux bandes, laissant Yu-Yao de côté, reprirent les villes de Tzeu-Ki et de Fong-Houa, qu’ils avaient abandonnées, et allèrent menacer Ningbo en même temps au nord et au sud (septembre 1862). Ce port fut sauvé par l’énergie des Européens et des indigènes. Ward s’empara de Tzeu-Ki ; ce fut le dernier acte de sa vie aventureuse : il y reçut une blessure mortelle. Sa perte fut aussi celle de son contingent ; ses soldats, restés sous le commandement d’hommes incapables, commirent de tels désordres qu’ils furent licenciés, à l’exception de trois cents, confiés au commandant de la station anglaise, le capitaine Dew, qui reprit Fong-Houa.

Navires britanniques à Fong-Houa (Fungwha). Collections Royal Museums Greenwich.
Prise de Fong-Houa par les marins britanniques. Collections Royal Museums Greenwich.

Les abords de Ningbo se trouvant ainsi dégagés, le bataillon franco-chinois put entreprendre une nouvelle campagne. Mieux équipé que la première fois, plus habitué au feu, il avait beaucoup gagné en courage, et, si les ressources lui manquaient, il espérait en trouver dans les territoires dont il allait s’emparer. Soutenu par cinq cents réguliers du capitaine Dew, il se dirigea, le 20 novembre, sur Shang-Yu, dont la prise devait lui livrer le cours de la rivière, au-delà de laquelle il fallait refouler les Taiping. Ceux-ci, comprenant l’importance du coup qui les menaçait, avaient barré la route par quatorze camps retranchés. La rage leur inspira un système horrible d’intimidation : ils jalonnèrent de cadavres les huit lieues de parcours que le contingent avait à franchir ; on comptait en moyenne un cadavre par quinze pas, un homme, une femme, un enfant, tous la tête coupée et séparée du tronc. Le temps était pluvieux et froid, les rizières inondées; les réguliers défilaient un à un sur les chaussées étroites, seuls chemins des campagnes du midi de la Chine, sans trop s’éloigner du convoi que des barques nombreuses amenaient sur le canal. Les camps furent enlevés les uns après les autres; trois seulement opposèrent une résistance sérieuse ; les rebelles les abandonnèrent en poussant des cris de fureur, et dans leur désir de vengeance ils tuaient les paysans qu’ils rencontraient. Le dernier camp avait un kilomètre de long. Un des commandants se mit à la tête de deux cents hommes et s’en empara; mais, voulant, comme à Yu-Yao, poursuivre les fuyards et pénétrer avec eux dans la ville, il fut arrêté par des barricades élevées en dehors des portes, et y fut blessé d’une balle qui lui brisa le coude droit. Cependant les Taiping, effrayés de la rapidité avec laquelle ils avaient été ramenés dans Shang-Yu, n’essayèrent qu’une sortie infructueuse contre notre convoi, évacuèrent la ville et s’enfuirent en toute hâte derrière la rivière (28 novembre 1862). Ainsi se trouvait exécutée la première partie du programme des officiers français, la délivrance du pays entre Shang-Yu et Ningbo.

Le corps franco-chinois ayant manifesté l’intention d’entreprendre une nouvelle campagne, les mandarins se contentèrent de lui envoyer quelques miniers de cartouches, et l’on ne put en obtenir rien de plus. Les commandants prirent alors le parti d’acheter à crédit, au moyen de bons signés par eux-mêmes, tout ce dont ils avaient besoin. Cet expédient était dangereux, et ils s’exposaient, si l’expédition n’était pas couronnée par le succès, à voir toutes ces créances leur rester sur les bras; mais il n’y avait pas d’autre parti à prendre, et la réussite qu’il espéraient devait les conduire au milieu des districts de soie, c’est-à-dire dans une des parties les plus riches de la Chine, où ils trouveraient amplement des ressources pour tout rembourser. Les préparatifs furent poussés activement, et le 15 janvier 1863 les troupes s’avancèrent vers la préfecture de Chao-Shing, ville de cinq lieues de tour et centre des districts qui produisent les soies solides connues sous le nom de taysaams. Il n’y avait plus à la tête des Franco-Chinois qu’un seul commandant, le lieutenant de vaisseau Le Brethon de Caligny ; son collègue, grièvement blessé sur les barricades de Shang-Yu, ne pouvait songer à faire campagne : il restait chargé d’envoyer l’argent et les munitions à la colonne expéditionnaire.

Prosper Giquel, l’auteur de cet article, n’était autre que l’adjoint du lieutenant de vaisseau Le Brethon de Caligny. Par modestie, il ne mentionne qu’implicitement dans ces lignes sa propre contribution à cette aventure. Blessé sous les murs de Shang-Yu, il prit en charge depuis Ningbo le soutien logistique du corps franco-chinois. L’Illustration, 16 mai 1874, BNF Gallica.

M. Le Brethon ne put amener ses troupes sous les murs de Chao-Shing qu’après des fatigues inouïes, au milieu de la neige et d’un froid très vif. Les barques qui portaient le convoi s’échouèrent plusieurs fois dans la rivière de Shang-Yu ; elles eurent ensuite, pour entrer dans les canaux qui mènent à la ville, à franchir les barrages qui servent d’écluses. Ces barrages sont des plans inclinés en terre sur lesquels il faut hisser les barques, pour les faire ensuite glisser de l’autre côté. Quelquefois les paysans installent pour cette opération de grossiers cabestans, le plus souvent ils n’y emploient que la force des bras; mais ce qu’ils font assez facilement pour des barques ordinaires devenait fort difficile avec des chalands chargés de canons et de lourdes munitions. On réussit cependant à franchir ces obstacles, et l’on arriva devant la ville sans que les rebelles eussent tenté d’arrêter la marche des troupes. Ils se fiaient avec raison à leur formidable système de défense. Un canal, large de 50 mètres, faisait le tour des remparts et laissait à peine au pied des murs assez de place pour y planter une échelle. Ce canal se rattachait par plusieurs issues à de grands lacs qui permettaient de venir inopinément tourner les assiégeants. Les murs n’étaient accessibles que du côté des portes, et dans les grandes villes chinoises c’est toujours le point le mieux fortifié : elles se composent d’un tambour extérieur relié par deux portes solides. Les Taiping, pour redoubler leur sécurité, avaient construit un deuxième tambour extérieur, fermé par une voûte basse semblable à la voûte de la lunette du bastion central à Sébastopol ; ils avaient eu soin aussi de couper les ponts jetés sur le canal entre la ville et les faubourgs.

Province de Chao-Hing-Fou ou Chao-Shing (Shaoxing). Carte de Julius von Klaproth (1783-1835).

M. Le Brethon ne comptait guère prendre la ville de vive force. « J’essaierai un assaut, écrivait-il, car il se peut que les rebelles, effrayés par leurs précédentes défaites, évacuent la place quand ils verront mon attaque. Dans le cas contraire, je me porterai sur les canaux par lesquels ils reçoivent leurs approvisionnements, et j’attendrai là qu’ils aient épuisé ceux qui leur restent dans la ville : il y a tout à parier qu’alors ils évacueront ». Dès l’abord, il met ses canons en batterie sur l’angle d’une porte et ouvre son feu. Un des canons s’engage, il s’en approche : c’était une pièce chinoise trouvée sur les murs de Shang-Yu ; elle éclate. M. Le Brethon est frappé par un morceau de fonte qui lui emporte les deux tiers de la tête. Près de lui gisaient le chef de pièce et une dizaine d’artilleurs chinois tués ou blessés. La mort de M. Le Brethon était un coup funeste pour le contingent. Déjà connu dans la Marine pour son intelligence et son énergie, il avait montré surtout de rares capacités dans la rude tâche qui lui était dévolue de former et de mener au feu des troupes chinoises. Il excellait à lutter avec un admirable sang-froid contre les taquineries et les vexations des mandarins, et sa santé robuste lui permettait de résister longtemps aux rigueurs du climat et aux fatigues de la guerre.

Le bataillon ayant perdu son chef, l’expédition était manquée. Il ne restait plus que des instructeurs, anciens caporaux ou soldats, incapables de prendre le commandement et de résister au découragement général. Le chef de la division navale française envoya immédiatement, pour commander le contingent, le capitaine d’artillerie Tardif de Moidrey. C’était M. Tardif qui avait organisé à Shanghai la petite troupe d’artilleurs dont les services avaient été si utiles aux amiraux alliés. Nul ne pouvait donc mieux que lui recueillir l’héritage de son prédécesseur. À peine arrivé, il conduisit ses troupes à trois lieues de Chao-Shing, dans une petite bourgade fortifiée, placée à cheval sur le canal par lequel les rebelles recevaient leurs approvisionnements. C’est là que M. Le Brethon avait résolu de s’établir dans le cas où son coup de main contre la ville n’eût pas réussi. Après s’être procuré des munitions, avoir complété l’armement et raffermi la discipline, M. Tardif se présenta, le 16 février 1863, devant Chao-Shing. Le capitaine Dew s’était joint à l’expédition comme amateur, et il apportait avec lui un bel obusier de 22, qu’il prêta au contingent.

Le capitaine d’artillerie Tardif de Moidry, nouveau commandant du corps franco-chinois. Gravure d’Etienne-Gabriel Bocourt (1821-1913), et Léon-Louis Chapon (1836-1919), Le Monde Illustré, 23 mai 1863.

Le feu s’ouvrit à six heures du matin. À neuf heures, l’obusier anglais avait ouvert une brèche de vingt pieds de large. M. Tardif réunissait ses compagnons d’assaut et allait les lancer, lorsqu’un coup de feu partit à côté de lui et le frappa à la tête ; on l’emporta mourant. Triste fatalité ! c’était un de ses plantons chinois qui, armant maladroitement son fusil, en avait amené l’explosion et avait causé ce déplorable malheur. Le contingent restait donc une deuxième fois sans chef ; mais le capitaine Dew prit sur lui de désigner le plus ancien instructeur comme commandant temporaire et de prescrire l’assaut. À midi, le signal fut donné de se jeter dans les barques pour traverser le canal et monter à la brèche. Quatre instructeurs et douze tagals manillois se lancèrent hardiment en avant et montèrent au sommet du mur ; arrivés dans cette périlleuse situation, ils s’aperçurent qu’ils n’étaient pas suivis, que les troupes n’avaient pas traversé le canal, et qu’elles restaient en désordre sur la berge, d’où elles tiraient contre les murs à tort et à travers, sans prendre même le temps de viser. Les Taiping, qui avaient déjà commencé à fuir, revinrent sur leurs pas. Des seize réguliers qui avaient si résolument exécuté l’ordre d’assaut, dix seulement purent se sauver, les autres furent pris et eurent la tête tranchée ; ils périrent victimes de la misérable peur qui avait envahi le reste du contingent.

M. Tardif expira dans les bras de Lévêque du Tche-Kiang. Ses soldats le pleurèrent et se préparèrent à le venger. Ils montraient le poing à cette ville maudite de Chao-Shing que semblait défendre un destin contraire, et ils disaient qu’ils voulaient s’en emparer coûte que coûte. Cependant ils n’étaient pas assez relevés de leur échec de la veille pour qu’on osât tenter une nouvelle attaque, et les munitions d’artillerie étaient presque entièrement épuisées. Le siège fut donc décidé, et, en retranchant les troupes derrière les nombreuses issues du canal d’enceinte, on put leur faire occuper quatre des six portes de la ville. De l’argent, des armes et des munitions furent expédiés de Ningbo par le collègue de M. Le Brethon, par l’officier blessé qui avait dû rester dans cette ville après le départ de la colonne expéditionnaire. Le commandant de la station navale française envoya, sur la demande de cet officier, M. d’Aiguebelle, lieutenant de vaisseau, pour diriger les opérations.

Le lieutenant de vaisseau Paul Alexandre Neveüe d’Aiguebelle, commandant le corps franco-chinois du Tché-Kiang. Gravure d’Etienne-Gabriel Bocourt (1821-1913), et Léon-Louis Chapon (1836-1919), Le Monde Illustré, 27 août 1864, BNF Gallica.

Les réguliers se comportèrent courageusement; ils montrèrent de la résolution, de l’élan même, et dans toutes les rencontres repoussèrent victorieusement les Taiping, qui chaque soir tentaient une sortie. Tous les convois furent interceptés. Le manque de munitions commençait à effrayer les assiégés. Leur chef essaya plusieurs fois d’engager des négociations avec M. d’Aiguebelle ; il lui fit même offrir 1 200 000 francs s’il voulait abandonner les impériaux et se joindre à lui.

Les Taiping, presque sans vivres et sans munitions, ne pouvaient résister longtemps. A plusieurs reprises leurs chefs avaient voulu évacuer la ville; mais le gouverneur les avait forcés d’y rester. C’était un Cantonais, ancien pirate; il était borgne, et la forme de l’œil qui lui restait l’avait fait surnommer Œil-de-Coq (cok’s eye). Il avait juré de mourir à son poste. L’influence qu’il exerçait sur les rebelles était très grande, et il savait les électriser au moment de l’action. A la fin cependant ils refusèrent de tenir, et Œil-de-Coq se vit forcé de les emmener et de manquer à son serment. Les Franco-Chinois occupèrent donc Chao-Shing le 18 mars.

La prise de Chao-Shing nous donna toute la province jusqu’à la baie de Hang-Tcheou, au-delà de laquelle les rebelles se hâtèrent de chercher un abri, mettant ainsi entre eux et nous un fleuve large de deux milles, qui deviendra sans doute désormais contre leurs attaques une barrière infranchissable. Le gouvernement de Ningbo était donc délivré. En dix mois, notre contingent, qui, dans son plus grand développement, comptait deux mille cinq cents hommes, avait enlevé trois villes murées, amené l’évacuation de quatre autres, et dégagé soixante lieues de territoire. Il s’était exposé à des fatigues et à des dangers continuels ; le vaste hôpital établi à Ningbo n’avait cessé d’être rempli de blessés ; des quatre officiers qui successivement avaient pris le commandement, deux avaient été tués, un autre blessé ; un tiers des instructeurs étaient morts, frappés par l’ennemi ou emportés par des maladies contractées au service. Il semble, donc que la petite armée pouvait définitivement compter sur la reconnaissance et sur la coopération empressée de toutes les classes du pays; mais qui peut compter en Chine sur quelque chose de certain ?

En même temps que les bandes rebelles s’enfuyaient de l’autre côté du fleuve, une horde non moins nombreuse et non moins redoutable s’abattait sur les campagnes de Chao-Shing : c’étaient cent mille braves ou soldats impériaux ayant à leur tête le foutaï, gouverneur de toute la province du Tche-Kiang. Dans l’ordre impérial qui confiait au contingent la mission de chasser les rebelles du Tche-Kiang, il avait été spécifié que le foutaï pourrait le licencier, s’il se jugeait capable de délivrer le reste de la province. Le foutaï espéra bien profiter de cette clause pour se débarrasser des troupes formées à l’européenne, dont la comparaison avec les siennes était si désavantageuse à ces dernières. Aussi intima-t-il aux autorités de Ningbo l’ordre verbal de dissoudre le contingent. Nous sommes ainsi arrivés à une situation qui nous met pour le moment dans l’impossibilité de poursuivre nos opérations militaires, et nous sommes obligés d’attendre qu’un nouveau décret impérial prescrive au contingent de continuer son œuvre au-delà de la baie de Hong-Tcheou. La légation de France s’est chargée de l’obtenir. Le succès n’est pas douteux.

La France ne doit donc pas, quelles que soient les difficultés et les oppositions, abandonner le poste qu’elle a conquis et payé du sang de ses soldats. C’est à elle qu’il appartient de chasser les rebelles de Hong-Tcheou, tandis que les Anglais délivreront Sou-Tcheou. Il ne restera plus aux Taiping que Nankin, d’où ils ne tarderont pas à sortir, effrayés par leurs revers successifs. On verra alors en peu de temps leurs bandes se dissoudre et disparaître. Que fera la dynastie mandchoue, sauvée ainsi par les puissances occidentales ? Il faut espérer de la sagesse de son gouvernement actuel qu’il ne rejettera pas les obligations d’une légitime reconnaissance, et qu’il conservera comme gage de sécurité les troupes régulières. S’il en était autrement, le système permanent de corruption et d’exactions qui a favorisé le soulèvement des Taiping ne tarderait pas à provoquer une nouvelle insurrection, contre laquelle la cour de Pékin n’aurait d’autre ressource que d’invoquer encore une fois le secours des nations étrangères.

En couverture : Signature du Traité de Tien-Tsin (Tianjin)

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